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le cri du peuple

L'ardoise de Sarkozy

28 Août 2011 , Rédigé par le cri du peuple

Au lendemain de l'annonce par Droopy Fillon d'un énième train de mesurettes sensées permettre à la France de ramener son déficit budgétaire à 3% de PIB en 2013 pour rassurer les marchés financiers (c'est à dire ceux qui nous ont mis dans la merde), il peut être utile d'essayer de comprendre pourquoi aujourd'hui la France se retrouve dans cette situation

Tout part du budget de l'Etat élargi (Etat + Sécurité sociale). Rappelons que le budget est élaboré par le gouvernement chaque année en fonction des politiques qu'il entend mettre en place :Investissement dans des infrastructures ou des matériels (routes, voies ferrées, écoles, porte-avions...); assurer le fonctionnement des services de l'Etat (salaires des fonctionaires...) ou des transferts (allocations aux particuliers, subventions aux entreprises ou aux organismes à but non lucratif, reversements aux collectivités locales ou caisses de sécurité sociale).

Le budget de l'Etat comme tout budget est composé de deux parties. D'un coté des dépenses que le gouvernement envisage de faire et de l'autre coté les recettes que le gouvernement espére obtenir. 

La majeure partie des recettes vient des impots et taxes et autres prélévements obligatoires comme les prélévements sociaux. 

Si les dépenses envisagées sont supérieures aux recettes espérées comme c'est le cas depuis quasiment quarante ans sans interruption, il y a alors un déficit. 

Pour palier ce déficit plusieurs solutions sont envisageables.

Augmenter les recettes

Tout d'abord le gouvernement peut augmenter les recettes en relevant les impots, taxes ou prélévements obligatoires ou en en créant de nouveaux.

Mais aussi le gouvernement peut décider de vendre une partie du patrimoine national. Il faut noter que cette dernière solution n'est pas répétable à l'infini. Si elle permet de dégager des recettes supplémentaires immédiates, elle permet aussi d'entrainer une baisse de depenses (l'Etat n'aura plus à assurer l'entretien d'un batiment qu'il aura vendu) mais parfois elle peut aussi créer une charge future supplémentaire (Si l'Etat est obligé de louer un nouveau bâtiment remplaçant un batiment cédé comme c'est le cas avec le futur Ministére de la Défense qui sera loué à Bouygues).

Réduire les dépenses

Ensuite le gouvernement peut essayer de réduire les dépenses en coupant dans les budgets de fonctionnement, d'investissement ou dans les allocations, subventions.

La réduction des dépenses n'est pas sans conséquences sur l'économie générale du pays.

La baisse des charges de fonctionnement se conclut la plupart du temps par la diminution du nombre d'agents. Ce qui conduit à un service public moins efficace (par exemple avec des classes surchargées) et à une baisse de la consommation (des agents non remplacés c'est autant de salaires qui ne seront pas versés et donc autant de consommation non réalisée).

Les coupes dans les charges d'investissement peuvent freiner la croissance. Moins d'investissements c'est moins de commandes de l'Etat, donc moins d'activité et moins de richesse générée. Il faut aussi noter que l'investissement c'est la préparation de l'avenir.

Une diminution des transferts risque d'entrainer une perte de pouvoir d'achat des particuliers (moins de consommation), et de bloquer les investissements des entreprises ou associations .

Emprunter

Enfin le gouvernement peut, pour financer les dépenses, avoir recours à l'emprunt. C'est à dire endetter le pays.

Et l'endettement induit des charges (dépenses) supplémentaires ne serait ce que pour pouvoir payer ce que l'on appelle le service de la dette qui correspond aux intérêts (charge de la dette) augmentés du capital remboursé. 

Bien sûr les différents gouvernements peuvent utiliser l'une ou l'autre des solutions mais aussi jouer sur tous les tableaux : diminution des dépenses, augmentation des recettes et recours à l'emprunt. 

 

Evolution des budgets, déficits et de la dette sous Sarko 

Examinons l'évolution des budgets et de la dette depuis la prise de pouvoir de Sarkozy.

Si l'on prend la période 2007-2010, on observe que les dépenses ont augmenté de 1.8% du PIB de 2007 à 2009 pour se stabiliser en 2010 (le pourcentage de PIB étant l'unité retenue pour évaluer les déficits et dettes des Etats selon les critéres de Maastricht) dans le même temps les recettes ont baissé de 1% de PIB entre 2007 et 2009 pour augmenter de 0.5% en 2010.

Certains peuvent objecter que fin 2008 une crise financière sans précédent a déferlé sur le monde. C'est vrai.

Alors cantonnons nous sur la période entre 2006 (dernière année pleine de Chirac) et  2008 (année du début de la crise).

Et là on constate que les recettes ont baissé de 0.8% de PIB (probablement à cause de la mise en place du paquet fiscal : bouclier fiscal à 50%, éxonération des droits de succession sur 90% des héritages et les heures supplémentaires défiscalisées). Les dépenses quant à elles ont augmenté de 0.2% de PIB (malgré la suppression des postes de fonctionnaires en masse et le désengagement de l'Etat dans nombre de missions). 

Donc on constate que même si la crise n'était pas survenu, les recettes auraient baissées alors que les dépenses au mieux seraient restées stables. 

Et quoi qu'il en soit les déficits auraient continué de s'accumuler. De manière moins forte certes.

Maintenant observons la dette de la France : en 2006 elle s'élevait à 1152.2mds d'€, en 2010 elles atteignaient 1591.2mds d'€. Ce qui veut dire que Sarkozy a emprunté 439mds d'€,  soit 27.5% de la dette totale actuelle, depuis qu'il est à l'Elysée. 

Aujourd'hui la charge (intérêts)  de la dette est le second poste du budget de l'Etat après celui de l'éducation nationale et se monte à 40.1mds d'€. Elle absorbe à elle seule les trois quarts de l'impôt sur le revenu. 

Le service de la dette (intérêts plus capital) lui s'éléve à 150mds d'€. Ce qui représente 88% des 171mds d'€ de la TVA.

Aujourd'hui l'Etat emprunte pour rembourser les emprunts passés arrivant à échéance. 

Maintenant si on s'interesse à la stucture même de la dette on s'aperçoit que cette structure a évolué tant dans sa forme que dans ses détenteurs (créanciers).

Sa forme s'est grandement modifiée au début des années 80.

Avant, la quasi-totalité de la dette était non-négociable c'est à dire que l'Etat emettait des emprunts pour lesquels il fixait un taux d'intérêt précis voire parfois un taux d'intérêt en rapport avec un indice (comme le fameux emprunt Giscard indéxé sur l'or qui couta  à l'Etat 12 fois ce qu'il avait rapporté!!!)

Aujourd'hui prés de 80% de la dette est négociable. C'est à dire que les taux d'intérêt sont négociés par l'Etat sur les marchés financiers

En clair aujourd'hui ce n'est plus l'Etat qui fixe le montant de sa dette mais les marchés (et bien sûr les spéculateurs aidés en cela par les fameuses agences de notation boursière)

Dans le même temps les détenteurs de la dette ont aussi changé. Alors qu'avant le passage à l'Euro la majorité de la dette était détenue par des résidents (investisseurs institutionnels et particuliers) aujourd'hui elle est détenue aux deux tiers par des non résidents. De plus la typologie même du créancier a changé. Auparavant on avait surtout des détenteurs au profil plutôt "bon père de famille", aujourd'hui on a principalement des investisseurs et des financiers avec tout ce que cela comporte comme risque de spéculation surtout depuis l'avénement de la dette négociable. 

 

Notons aussi qu'une partie importante de la dette générée par Sarkozy est due aux différents plans de sauvetage mis en place pendant la crise pour sauver les banques (responsables de cette même crise) et aussi des pans entiers de l'industrie française. 

Alors que l'on aurait peut être pu  appliquer le remède des Islandais qui ont considéré que la crise était avant tout une crise des dettes privées et donc que c'était aux banques à l'origine de cette crise de régler l'addition et non à l'Etat à travers des emprunts publics. En clair ils ont refusé de transformer une dette privée en dette publique. 

Mais il est clair que cette solution n'était pas envisageable par les dirigeants de notre pays tous élevés dans la sacro-sainte religion du libéralisme. Pour eux ils n'y avaient pas d'autres alternatives dans cette Europe qui n'est restée que le marché commun qu'elle était à ses origines. 

Tenir et Résister

 

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