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le cri du peuple

Lettre de la France d'après

30 Novembre 2006 , Rédigé par jacques vingtras Publié dans #La France d'Après

Paris le 29 novembre 2011

Monsieur le président,

Je vous fais une lettre que vous lirez peut être si vous avez le temps.

Il y a six ans j'ai voté pour vous pour pouvoir vivre dans un pays en sécurité, travailler plus pour gagner plus et aussi voir triompher "la philosophie du choix" comme le disait joliment un de vos slogans.

Aujourd'hui je me retrouve sans le sou, à la rue.

En Septembre 2007 j'ai été embauché dans une entreprise de gardiennage en CTU (Contrat de Travail Unique) créé depuis peu. C'était pour moi un soulagement enfin j'avais un contrat à durée indeterminée après plus de cinq ans d'Intérim et de CDD.

En janvier 2008 ma femme qui était agent de service sous contrat dans un hopital  n'a pas vu son contrat renouvellé. Le ministère de la santé appliquant la directive dite " des fonctionnaires moins nombreux mais mieux payés" qui reprenait largement l'une des propositions de votre programme, a renvoyé les contractuels tout en ne remplaçant qu'un départ à la retraite sur trois.

En septembre de la même année, nous n'avons pas pu inscrire notre grand, qui pourtant marchait très bien à l'école, au collège Henri IV comme nous le permettait la loi de suppression de la carte scolaire. En effet le principal de ce collège nous a dit que nous nous y étions pris trop tard. La plupart des enfants admis dans son établissement sont inscrits quasiment un an à l'avance. Le principal nous a déclaré aussi que la "philosophie du choix" s'applique aux établissements qui en vertu de leur nouvelle autonomie peuvent refuser tout éléve dont le niveau ou le comportement ne leur semblent pas correspondre à leur collége. Mais je pense qu'en réalité il ne voulait pas d'un enfant de pauvre dans son école. Nous ne voulions pas envoyer notre fils au collége à coté de chez nous à cause de sa réputation (au collége pas à notre fils) et de l'insécurité qui continue d'y régner malgré les promesses de moyens supplémentaires que vous avez faites. Nous nous sommes donc adressés à un des nombreux établissements privés, qui profitant de la liberté d'installation qui leur est accordée depuis la loi de Février 2008, ont fleuri dans notre ville. Mais là nos moyens ne nous permettaient pas de débourser les 300 € mensuels que ces établissements nous demandaient. Au passage je me demande à quoi servent les diverses subventions que leur accordent généreusement le conseil général des Hauts de Seine, en accord avec la loi votée en décembre 2007 sur la liberté de choix des contributions des autorités locales. C'est donc contraints que nous avons du envoyer notre enfant au collége proche de chez nous. Depuis, victime de racket il ne fait plus rien et a dèjà redoublé sa cinquième. Comme il a été mélé malgré lui à un trafic de téléphone portable  il est aussi fiché au fichier national des mineurs potentiellement délinquants installé depuis la loi de septembre 2008 et le maire a suspendu nos allocations familiales comme l'y autorise cette même loi.

Le 15 décembre 2008, j'ai été licencié pour baisse d'activité comme le prévoit le contrat de travail unique. Mais le vrai motif est surement mon refus de faire des heures supplémentaires au dela des 35 heures. C'est pas que je ne les faisais pas les heures supplémentaires. Mais un jour je ne pouvais pas les faire parce que j'avais pris un rendez vous chez l'ophtalmo depuis 6 mois pour passer une visite de controle après l'agression dont j'avais été victime pendant les émeutes des banlieues de mars 2008 suite à la mise en place du contrôle systématique des jeunes trainant dans la rue après 20 heures.

En décembre 2010, aucune de mes recherches d'emploi n'ayant abouti je suis donc devenu allocataire du RMI.

Depuis le début de cette année, ma femme est partie avec les enfants en Bretagne parce qu'elle ne pouvait plus habiter dans une cité où règne toujours l'insécurité malgré les opérations coups de poings de la police. De plus il faut éloigner notre ainé qui vient de sortir de centre fermé pour jeunes délinquants.

Au début de ce mois on m'a supprimé le RMI parce que j'ai refusé d'exercer l'activité que m'impose la loi de Janvier 2009. Je devais assurer la surveillance du gymnase de ma cité la nuit. Ce qui à mon avis devrait être fait par des agents de surveillance rémunérés au moins au SMIC. Mais le maire qui a déjà réduit le nombre de fonctionnaires municipaux de moitié, n'hésite pas à recourir aux allocataires de minima sociaux pour accomplir de plus en plus de taches qui devraient être exécutées par des salariés ou fonctionnaires. J'estime qu'il y a un usage abusif de la loi (qui a repris la proposition de votre projet qui stipulait que tout bénéficiaire de minima sociaux sera tenu d'exercer une activité) et que le maire utilise la misére des gens.

Monsieur Sarkozy j'espère que vous aurez lu ma lettre jusqu'au bout. Mais déjà je tiens à vous dire qu'à l'heure où vous vous déclarez candidat à votre propre succession je ne ferais pas une seconde fois la bétise de vous faire confiance. A nous les pauvres vous avez proposé le CTU (et la précarité), de travailler plus pour que les patrons gagnent plus et l'obligation d'exercer une activité si par malheur on bénéficie d'un minimum social. Aux riches vous avez permis de choisir l'école de leurs enfants, de ne plus payer de droits de successions et de s'enrichir encore plus en payant moins d'impôt.

Si en 2007, une bonne partie de vos électeur avaient pu  voir ce que cachait comme attrape nigauds votre programme, vous seriez probablement aujourd'hui à Neuilly et pas à l'Elysée.

 Veuillez agréer monsieur le président l'expression de mon plus profond dédain.

Tenir et Résister

 

 

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d3log 30/11/2006 19:06

C'est très vrai tout ce que tu dis. :(Et chose encore plus horrible c'est que tu pourrais écrire quasiment la même lettre à la dame aux caméras alias white vader alias la pythie du poitou... On a pas le cul sorti des ronces.Tenir et résister.